Sur la forme, nous déplorons une fois de plus, que l’enquête publique relative à la centrale thermique au charbon de Doniambo ne dure que 15 jours. Ce laps de temps ne permet pas de prendre connaissance du dossier ( 4 volumineux classeurs) de façon satisfaisante, d’étudier la somme des informations mises à la disposition du public ni de réagir comme il le conviendrait, c’est-à-dire pour des associations, consulter leurs adhérents et formuler une argumentation pertinente après concertation.

De plus les conditions de consultation notamment les horaires ne facilitent pas la participation du public, qui devrait pourtant être l’objectif de la procédure. Nous demandons donc la prolongation de l’enquête publique d’au moins 15 jours supplémentaires et la mise en ligne du dossier pour qu’il puisse être consulté par internet, ou sous forme numérique.

Sur le fond :

1. La localisation :

L’usine de Doniambo date d’une centaine d’années et  se trouvait à l’origine en périphérie de la ville. L’agglomération de Nouméa s’est depuis considérablement étendue et englobe aujourd’hui le site. Il n’est un secret pour personne que l’usine et la centrale thermique qui l’accompagne, émettent de grosses quantités de poussière et de fumée qui impactent les quartiers résidentiels à proximité immédiate comme la Vallée du Tir, Montravel ou Ducos et même plus éloignés, comme Magenta. Même si Doniambo se trouve inscrit au PUD de Nouméa sous la rubrique Installation Industrielle Lourde, compte tenu des effets potentiels des rejets sur la santé et l’environnement, et aussi des risques en cas d’accident, nous considérons que ce site n’est plus approprié pour accueillir les installations  d’une industrie lourde nécessairement polluante à proximité immédiate de quartiers résidentiels. Pour permettre à Doniambo de fonctionner, faudra-t-il un jour envisager de déménager Nouméa ?

2. La biosécurité et les risques d’introduction d’espèces dangereuses liés à l’importation massive de charbon.

Le charbon, mais aussi le calcaire ou d’autres substances nécessaires à la centrale thermique seront  importés d’Australie, ou d’autres pays d’Asie ou du Pacifique et  peuvent contenir quantité d’organismes vivants (scorpions, araignées, fourmis….) encore inconnus en Nouvelle Calédonie, qui risquent de se propager et porter gravement atteinte aux cultures, à l’environnement naturel ou même à notre santé. Compte tenu des quantités de matériaux importés, ( 650 000 tonnes de charbon par an) nous sommes très inquiets des conséquences éventuelles que pourrait avoir l’introduction accidentelle d’espèces nuisibles et nous nous interrogeons sur les moyens de contrôle qui seront mis en place pour prévenir ce risque, et aussi des responsabilités en cas d’incident. La responsabilité et éventuellement la prise en charge des coûts d’éradication sont-elles du ressort de la SLN ou  des services phytosanitaires ?

3.    Le choix du charbon

Les critères qui ont conduit l’industriel au choix d’une centrale au charbon sont essentiellement la disponibilité, le rendement et la puissance, la facilité de stockage et le coût au Kwh. Un autre argument avancé est que 40,3% de l’électricité produite dans le monde vient du charbon, et que la production de Doniambo serait une goutte d’eau par rapport à cette production. Cet argument n’est toutefois pas recevable si on prend en compte les préconisations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ( GIEC) qui demande l’abandon du charbon et qui affirme que les émissions de gaz à effet de serre doivent baisser maintenant pour empêcher la déstabilisation définitive du climat.  (Source : quatrième rapport du Giec, Résumé à l’intention des décideurs, 2007). Une autre source d’énergie pouvait pourtant être envisagée : le gaz, qui est moins émetteur de CO2, et on ne peut que regretter qu’aucune étude comparative chiffrée n’ait été produite. Si on prend en compte l’ensemble des besoins (Goro Nickel, Doniambo, Koniambo et les besoins de consommation domestique), une telle étude aurait pourtant mérité d’être faite, à l’échelle du Territoire.

L’industriel déclare mettre en œuvre les Meilleures Technologies disponibles et annonce un rendement de 36%. Il semblerait pourtant que les centrales les plus récentes dites centrales thermiques super critiques,  dépassent un rendement de 40%, ce qui permettrait une économie de charbon et la réduction du rejet de CO2

Le principal critère est le prix relativement abordable du charbon par rapport à l’envolée du fuel. Toutefois, le charbon, comme le fuel ne sont pas des sources d’énergie intarissables. Les réserves de charbon sont évaluées à 155 ans, et les cours du charbon ne sont pas stables. Ils ont doublé en moins d’un an, passant de 89$ la tonne fin 2007 à 200$ en juillet 2OO8, pour revenir à plus de 16O$ aujourd’hui. Vu le nombre réduit de pays exportateurs et la demande interne de la Chine, certains experts parlent d’ores et déjà de pénurie, avec le risque d’une envolée des cours. Qu’adviendrait-il en cas de chute des cours du nickel et de forte augmentation des cours du charbon ?  

L’industriel affirme qu’il utilisera du charbon à faible teneur en soufre,  mais il reconnaît aussi que «  le pouvoir polluant des cendres, en raison de la diversité du combustible est difficile à prévoir », ce qui laisse planer un doute sur la composition réelle du charbon. Le procédé semble admettre l’utilisation de biomasse. La nature de cette biomasse doit être précisée, en particulier s’il s’agissait de déchets ménagers. Nous rappelons en effet notre ferme opposition à tout projet d’incinération des déchets ménagers.

Le procédé mis en œuvre est dit à lit fluidisé circulant, avec auto désulfuration de calcaire, nécessitant aussi du sable. Quelles sont les quantités de calcaire et de sable requises et d’où va-t-on les faire venir ?

4.     Les rejets et leurs impacts sur la santé et l’environnement

La centrale thermique rejettera essentiellement de l’eau (sanitaire, pluviale et du process), des gaz (essentiellement SO2, NO2,CO2, ) des poussières et des cendres.

a)      L’eau du process

L’eau du process sera surtout de l’eau de mer traitée par chloration et sulfate de fer. Le débit de l’eau de refroidissement sera de 40425 m3/heure et pourra former un panache thermique qui affecterait plus ou moins fortement les communautés biologiques en fonction de leur position. Il pourra s’étendre jusqu’à la presqu’île de Koumourou. Une étude est en cours pour déterminer les bio indicateurs les plus appropriés pour un réseau de suivi de la qualité des eaux et de l’impact industriel dans la Grande Rade. Même si la zone est déjà fortement impactée par les activités anthropiques, une telle étude nous paraît être un préalable à toute nouvelle installation industrielle parce qu’elle permettrait de faire un point zéro de la situation.

Aucune mesure d’atténuation ne semble envisagée, ni l’hypothèse d’une valorisation de l’eau chaude, qui aurait pourtant mérité d’être étudiée.

Des additifs pour éviter la corrosion, seront utilisés. Leur nature, les quantités et leurs effets éventuels auraient du être précisés. Les eaux de vidange du circuit ayant un PH de 11 subiront un traitement spécifique qui mériterait également d’être précisé, ainsi que le traitement des résidus de la déminéralisation.

 b)      Les rejets atmosphériques

Ils se présentent essentiellement sous la forme de particules solides, SO2, NO2, composés organiques volatiles ( COV), d’hydrocarbures aromatiques polycycliques ( HAP), de métaux lourds et de CO2.

Le dioxyde de soufre et l’oxyde d’azote sont à l’origine des pluies acides et de l’acidification des sols. Même si ces phénomènes n’ont pas encore été vérifiés en Nouvelle Calédonie et qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune étude, nous estimons que des mesures de contrôle et de suivi doivent être mises en place, en particulier dans la zone de Koumourou à l’extrémité de la presqu’île de Ducos où s’étend une forêt sèche particulièrement intéressante et préservée, seul lieu de la presqu’île de Nouméa qui abrite encore des bulimes.

Dans l’ensemble de la zone pouvant être impactée par les rejets atmosphériques de la centrale, des mesures doivent être faites pour contrôler l’acidité des sols, mais aussi la teneur en métaux lourds, sur les parcelles où on pratique des cultures maraîchères.

Les valeurs de concentration moyennes de SO2 et de NO2 annoncées sont inférieures  aux valeurs de référence. Nous estimons toutefois que des moyennes annuelles peuvent occulter des périodes de pics plus ou moins longues qui peuvent être très préjudiciables. Elles  ne sont pas des indications susceptibles d’engager des mesures préventives ou d’atténuation qui s’imposent dans ces cas. Le SO2 et le NO2 peuvent en outre occasionner une gêne olfactive, que les Nouméens n’auront pas d’autre solution que de supporter.

Les COV et autres HAP, provenant d’une combustion incomplète des hydrocarbures peuvent être irritants, voire cancérigènes, comme le benzène.  

c)      Les poussières et les métaux lourds

Ils sont reconnus comme pouvant être dangereux pour la santé et confirment notre point de vue sur le caractère inapproprié du site à proximité immédiate d’une ville qui ne cesse de s’étendre. Le mercure pourrait être particulièrement préoccupant. Dans un article paru en 1991, on peut lire qu’une centrale thermique classique de 100Mw émet environ 25 livres de mercures par an. Or une quantité très faible ( 1/70è ) d’une cuillère à café suffit à polluer un étang dans lequel la chaîne alimentaire va reconcentrer le mercure au point que les taux de mercure dans les poissons dépassent les seuils considérés comme sûrs pour la consommation. Ce phénomène peut évidemment toucher aussi les poissons de mer. Est-il prévu un dispositif spécifique de retrait de ce métal ou un contrôle en amont de la teneur en mercure du charbon ? L’assertion « Le risque cancérigène global peut être considéré comme acceptable » est très significative de l’intérêt que le promoteur porte à la santé publique. Aurait-il droit comme l’armée à un pourcentage de pertes ? L’assertion suivante est à peine plus acceptable : « Les risques cumulés liés à l’ensemble des expositions ne sont pas imputables aux émissions de l’installation mais au « bruit de fond de la qualité de l’air de la ville ». Elle tend à exonérer l’industriel de toute responsabilité.

d)      Les cendres

Elles sont considérées comme des déchets inertes et leur composition serait difficile à prévoir. Il n’est donc pas exclu qu’elles puissent se révéler toxiques. Il est envisagé de les valoriser dans une cimenterie ou éventuellement de les stocker sur le site, avec la scorie, éventuellement en les mélangeant. L’incertitude sur leur composition, et donc leur caractère potentiellement dangereux ainsi que leur devenir n’est pas recevable. Le stockage sur place reviendrait à considérer le site comme une aire de déchets relevant d’une réglementation spécifique. Les poussières les plus fines inférieures à 2,5 microns qui pénètrent facilement les voies respiratoires et les cendres volantes peuvent voler à des distances supérieures à 100 kms et contaminer la mer, les sols et même les eaux souterraines.

5.    Les rejets de  CO2 et leur compensation

La centrale thermique de Doniambo s’inscrit dans un programme d’équipement du Pays en centrales thermiques au charbon, avec Prony Energie et Koniambo. Ce choix semble s’imposer compte tenu des exigences des industries métallurgiques en énergie et du coût aujourd’hui relativement abordable du charbon. Il implique toutefois le rejet de quantités très importantes de CO2, principal gaz à effet de serre et donc facteur prépondérant des changements climatiques. La Nouvelle Calédonie se trouve exclue des contraintes inhérentes au Protocole de Kyoto, ce qui lui permet d’envisager un développement sans restriction de l’énergie au charbon. La puissance annoncée de la centrale de Doniambo est de 210 MW, qui génèrerait 1 747 620 tonnes de CO2 par an. Ces émissions s’ajouteront à celles de Prony Energie ( 832 200 t/an) et de Koniambo ( 2 912 700 t /an ) pour atteindre un total de 5 492 520 t / an, qui s’additionneront aux émissions déjà existantes. Les rejets de CO2 pour l’ensemble du Pays s’élèveraient ainsi à 32,5 t / an contre 20 t / an pour les USA et 8,2 t / an pour l’Europe occidentale. Au tarif tutélaire du carbone du centre d’analyse stratégique ( Note n° 1O1 de juin 2008) fixé à 32 Euros la tonne en 2010, le coût de la totalité des émissions de CO2 de la centrale de Doniambo s’élèverait à :1 747 620 x 32 = 55 923 840 Euros par an. Il n’est pas exclu que le Protocole de Kyoto soit un jour révisé et que la Nouvelle Calédonie ne soit plus exemptée de son application. Dans cette hypothèse, l’industriel va-t-il prendre à sa charge ce coût ou celui-ci sera-t-il imputé également aux contribuables ?

Dans le résumé non technique, le paragraphe portant sur les compensations tient en une dizaine de lignes, et quelques propositions de « participer techniquement et financièrement  à différentes actions visant la réduction d’émissions polluantes, l’économie d’énergie ou d’intérêt environnemental ». Ces propositions n’ont aucune valeur contractuelle. Les chiffres annoncés en matière de compensation tournent autour de 150 millions Cfp par an. On y propose aussi la création d’une fondation d’entreprise, qui laisserait à l’entreprise le loisir de gérer ces fonds à sa guise, en l’exonérant éventuellement d’impôts. Si on considère l’évaluation du coût des seuls rejets du CO2 : plus de 55 millions d’euros par an, ces proposition, laissées au bon vouloir des industriels sont proprement indécentes.

Les rejets de CO2 doivent donc faire l’objet de compensations en référence avec les tarifs admis par les instances internationales dans le cadre de l’application du Protocole de Kyoto.

Sachant que la consommation des ménages s’élève aujourd’hui à 120 Mw, en période de pic, nous proposons que les compensations de Doniambo, ajoutées à celles de Prony Energie et de Koniambo alimentent un fonds destiné à couvrir la totalité de la consommation des ménages en énergie renouvelable, dans un délai de 15 à 20 ans.

Ce dispositif pourrait comporter des aides directes à l’investissement pour des particuliers ou des sociétés souhaitant produire de l’électricité d’origine renouvelable, solaire, éolienne, houlomotrice, thermique solaire géothermique…et un soutien au rachat de cette  production à un prix incitatif, permettant pour un foyer un retour sur investissement n’excédent pas 7 ans. Il est probable que le coût de ce dispositif reste inférieur au coût induit par l’application stricte du Protocole de Kyoto.

Un tel dispositif tendrait à l’autonomie énergétique du Pays pour ce qui concerne la consommation domestique et à une responsabilisation des citoyens, par un recours massif aux  énergies renouvelables. Il permettrait aussi de réduire, voire d’annuler à terme,  la facture d’électricité des ménages, ce qui constituerait une authentique mesure de lutte contre la vie chère.

Cette compensation pourrait également servir à financer de vastes opérations de reboisement en Nouvelle Calédonie, qui en a bien besoin.

  Le CO2 est reconnu comme un puissant facteur d’acidification des océans. A-t-on évalué l’impact d’une telle quantité de rejets et notamment ceux de Doniambo en matière d’acidification du lagon ? Ce choix énergétique est-il compatible avec le classement des récifs au patrimoine UNESCO et l’engagement  de la France et de la Nouvelle Calédonie pour leur conservation ?

6.    Les risques industriels

La stabilité du sol ne semble pas poser de problème, mais nous considérons que les résultats de « l’étude en cours » devraient être connus avant le début des travaux

Le charbon sera stocké sur une hauteur de plus de 53 mètres, ce qui pourrait constituer une condition favorable au feu. La proximité de la centrale thermique et de l’usine métallurgique est un autre facteur de risque. Que se passerait-il en cas d’accident majeur, compte tenu de la proximité de soufre, de carburant et d’autres sites de stockage de combustibles,( gaz) ?  Un effet domino n’est pas totalement à exclure. Les mesures de prévention, d’alerte et d’intervention sont-ils à la hauteur des risques ? La Nouvelle Calédonie ne dispose pas de Centre pour grands brûlés. 

Conclusion

La population de Nouméa, en particulier des quartiers voisins de Doniambo n’a pas à supporter les nuisances et les atteintes éventuelles à leur santé découlant de la présence d’industries lourdes à proximité immédiate de leur résidence.

Si les entreprises métallurgiques ont besoin de centrales au charbon, il n’est pas acceptable qu’elles échappent au principe pollueur/payeur. Les effest du CO2 sur les changements climatiques et leurs conséquences sont aujourd’hui établis. Le fait d’externaliser leur coût, sous prétexte que la Nouvelle-Calédonie n’est pas soumise au protocle de Kyoto ou que la réglementation n’impose pas leur prise en compte, n’est pas acceptable.

La Charte constitutionnelle institue le principe pollueur/payeur, qu’il convient de faire appliquer en Nouvelle-Calédonie aussi.

Le changement climatique est bien plus qu’un simple problème technique, financier ou politique, c’est un problème moral vis-à-vis des générations futures. A ce titre une politique visant au développement de l’énergie thermique au charbon n’est plus acceptable. Des compensations visant à développer un programme volontariste des énergies renouvables et de reboisement créateur d’emplois et de richesse à long terme, rendrait l’énergie thermique au charbon que réclament les usines métallurgiques un peu moins insupportable.

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Monsieur le Président,

Dans un article paru dans les Infos du 31 juillet 2009 sous le titre « Quelques nouvelles questions » à propos de l’usine du Nord, vous insistez sur le « silence assourdissant des associations écologiques » quant aux impacts environnementaux de cette usine.

Click to continue reading « Lettre ouverte à Monsieur Jean-Louis Veyret, président de la fondation des pionniers »

Monsieur le Haut Commissaire, 

Nous avons été très honorés d’être invités, par vous-même et Monsieur le Président du Gouvernement de la Nouvelle Calédonie à la Première Conférence sur le Schéma d’Aménagement et de Développement du Pays, mercredi 14 mai 2008 à Koné. Nous sommes satisfaits de constater que de nombreuses autorités, venant d’horizons différents et exerçant des fonctions diverses, se trouvent enfin réunies indépendamment des étiquettes politiques, pour mener une réflexion approfondie sur des problèmes de société, comme l’aménagement de l’espace, les choix énergétiques, le développement industriel ou agricole, la gestion de l’eau et des déchets, les transports, en dépassant le cadre et le calendrier liés aux échéances électorales. Dans un article récent paru dans les Infos sous le titre «  L’après nickel, c’est aujourd’hui » , nous avions d’ailleurs salué cette initiative, tout en déplorant qu’elle arrive bien tard, 10 ans après la signature de l’Accord de Nouméa et l’adoption de la Loi Organique.

Nous avons aussi constaté que tous les intervenants, sans exception ont mis l’accent sur le développement économique, ce qui somme toute, correspondait à l’annonce, mais que l’environnement, une fois de plus a été réduit à la portion congrue, ce qui montre bien que le concept de développement durable, dont l’environnement constitue pourtant l’un des piliers n’est pas encore rentré dans les mœurs.

Nous en voulons pour preuve la réaction des orateurs à la question posée par Monsieur Talamona, qui faisait partie de la délégation EPLP : «  Comment concilier une croissance forte de l’ordre de 7% appelée de tous leurs vœux par les leaders politiques et le problème planétaire du réchauffement climatique qui a d’ores et déjà des conséquences écologiques, mais aussi économiques non négligeables ? » Toute l’assistance a pu constater que cette « question qui dérange » est restée sans réponse, alors qu’elle se trouve aujourd’hui au coeur de toute réflexion sérieuse sur le développement.

Dans ces conditions, parler comme vous l’avez fait lors de votre discours, d’ « absolutisme  écologique » en Nouvelle Calédonie nous paraît hors de propos voire démagogique. Est-ce faire preuve d’absolutisme écologique que de promouvoir une politique « zéro déchets », alors que de nombreuses collectivités en Nouvelle Zélande, en Australie, au Canada, mais aussi en France, ont adopté cette démarche ? Est-ce faire preuve d’absolutisme écologique que de demander l’adoption d’une politique volontariste en matière d’énergies renouvelables permettant comme en Allemagne, au Japon, mais aussi à la Réunion et en France à des particuliers de se doter de panneaux solaires raccordés au réseau ? Est-ce faire preuve d’absolutisme écologique que de demander l’application de mesures telles qu’elles sont prévues dans la Loi cadre de Protection de la nature de juillet 1976 en métropole, qui n’a pas été rendue applicable en Nouvelle Calédonie ?

Vous n’êtes pas sans savoir que la Nouvelle Calédonie a pris en matière de protection de l’environnement un retard considérable, déjà bien avant que cette compétence ne soit transférée aux Provinces. Alors, quand nos déclarations ou nos prises de positions paraissent excessives au regard de quelques esprits archaïques, elles ne relèvent la plupart du temps que du simple bon sens et de ce qui serait considéré ailleurs comme des lieux communs.

Ce retard accumulé, parfois avec la bénédiction de l’Etat, est d’autant moins acceptable que la Nouvelle Calédonie est considérée par la communauté scientifique internationale comme l’un des principaux  hot spots de la planète pour sa biodiversité. De plus, contrairement à une idée largement répandue, que vous contribuez à entretenir, la protection de l’environnement n’est pas de la seule compétence des Provinces, elle est une compétence largement partagée, y compris avec l’Etat. L’exemple le plus flagrant est la lutte contre les feux de brousse, qui implique les Communes, les Provinces et l’Etat, et qui a été au centre des préoccupations de toutes les associations de défense de la nature ces 40 dernières années. Pourquoi a-t-il fallu attendre la catastrophe de la Montagne des Sources pour obtenir un début d’organisation des moyens par la Sécurité Civile ? Pourquoi la Réglementation minière, qui était jusqu’à une époque récente de compétence Etat, n’a-t-elle pas évolué depuis 1954 ? Pourquoi la Nouvelle Calédonie a-t-elle été écartée de l’application du Protocole de Kyoto ? Pourquoi aucune mesure concrète n’a-t-elle été prise en application de la Convention de Rio pourtant ratifiée par la France et applicable en Nouvelle Calédonie en matière de protection de la biodiversité et de lutte contre l’introduction d’espèces exogènes (écrevisses, tortues de Floride…) Pourquoi, malgré l’annulation d’ICPE par le TA pour manquement aux normes environnementales, l’Etat a-t-il continuer à accorder une aide fiscale considérable à une multinationale métallurgique ? Pourquoi autorise-t-on en  Nouvelle Calédonie l’usage de pesticides reconnus cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques interdits en métropole ? Sommes-nous en matière de protection de l’environnement et de la santé, des Français de seconde zone ?

Dans ce contexte, au lieu de parler d’absolutisme écologique, il aurait été plus approprié de souligner le courage de ceux qui s’engagent, souvent en prenant des risques, par une contribution active à la protection de l’environnement, plutôt que de les fustiger.

Pour terminer, nous considérons qu’aucun Schéma d’Aménagement et de Développement crédible ne peut se faire sans un inventaire rigoureux des Zones d’Intérêt Ecologique de Faune et de Flore. Une telle étude constitue, à nos yeux, la pierre angulaire et le préalable à tout programme de Développement ou d’Aménagement. Il serait en effet totalement irresponsable, de livrer un Pays qui a un taux d’endémisme de flore de l’ordre de 80% à l’appétit vorace d’aménageurs et d’exploitants de tous poils en l’absence de connaissances précises et de mesures de protection appropriées des ressources naturelles qu’il recèle.

Nous nous permettons donc de solliciter  de votre bienveillance, le financement et la réalisation d’une telle étude sous l’égide du Muséum d’Histoire Naturelle, comme celle qui a été menée à Santo en 2007.

Veuillez agréer, Monsieur le haut Commissaire, l’expression de notre considération respectueuse.

Action Biosphère, le 20 mai 2008

L’activité nickel en Nouvelle-Calédonie : pertes et profits

1. Pourquoi un bilan est-il nécessaire ?

a)      Un moment charnière :

Nous sommes à un moment charnière de l’activité nickel en Nouvelle Calédonie :

-         les gisements à forte teneur se font rares, ce qui conduit les industriels à recourir au minerai de latérites et donc à remplacer la pyrométallurgie par l’hydrométallurgie. Le coût de l’énergie ne peut qu’accélérer cette tendance.

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Emancipation ou néo colonialisme ?  Question que se posent des citoyens debout

Le second arrêté autorisant le tuyau de Goro Nickel vient d’être annulé par le Tribunal Administratif (LNC du 26/6/09), suite à un recours de l’Etat qui était déjà à l’origine de l’annulation de la première autorisation. Ayant nous-mêmes déposé un recours contre ce premier arrêté, nous devrions nous réjouir de cette décision. Sauf que notre recours avait…

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L'aujourd'hui de GORO NICKEL, nous en parlions hier !

ENQUETE PUBLIQUE RELATIVE A L’EXPLOITATION PAR LA SOCIETE GORO NICKEL DES UTILITES LIEES AU FONCTIONNEMENT DE PRONY ENERGIE BAIE NORD

COMMUNE DU MONT DORE

OBSERVATIONS D’ACTION BIOSPHERE


GoroNickel018.jpgA. Sur la forme :

1.      Sur la durée de l’enquête :

L’enquête publique est ouverte du 8 au 22 novembre 2OO6, soit une durée de 15 jours avec des horaires très restrictifs et l’interdiction de photocopier des éléments. Pour des citoyens ordinaires qui ne sont pas nécessairement des spécialistes et qui sont aussi soumis à des horaires de travail, la durée de consultation est trop courte. Nous demandons donc la prolongation de la durée de l’enquête d’au moins 1mois et des horaires plus adaptés.

2. Sur le morcellement des enquêtes

Il était prévu initialement l’ouverture de deux enquêtes simultanées, portant sur l’objet ci-dessus, mais aussi sur les installations portuaires. Il va de soi que les deux projets sont étroitement imbriqués,

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L’après Nickel, c’est aujourd’hui

Le déséquilibre économique du Pays reste une réalité avec une forte concentration dans le Sud des entreprises et des populations salariées. Cette situation tend cependant à se transformer grâce à une volonté politique découlant de l’Accord de Nouméa dont l’usine du Nord …

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Des vecteurs menaçants

« Le lagon et sa bordure de récifs sont l’écrin de ce pays…

Les communautés de coraux, qui sont le support et le pivot d’une vie extrêmement riche,

sont très sensibles aux changements des conditions physico-chimiques de l’eau qui les baigne…

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Enquête publique Vale Inco : Emissaire marin

ENQUETE PUBLIQUE SUR L’ÉMISSAIRE MARIN DE L’EFFLUENT LIQUIDE DANS LA BAIE DE PRONY ET LE CANAL DE LA HAVANNAH

Un premier dossier pour le même émissaire, avec un tracé différent, avait été instruit en octobre 2004 avec une enquête publique au 1er juin 2005. Son emprise sur le Domaine Public Maritime de la Province Sud était alors de 3,5 Km en mer ;

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Depuis de nombreux mois, nous subissons l’agression

quotidienne par médias interposés de la publicité mensongère de Goro Nickel. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire :

Goro Nickel ne respecte pas les principes du développement durable :

Le procédé  que cet opérateur minier a décidé d’utiliser génère des quantités phénoménales de déchets et de substances toxiques qui  contamineront  inévitablement le milieu et affecteront la santé. Après analyse de l’étude d’impact et l’avis réservé voire défavorable de nombreux experts, relayé par des associations environnementales, comment peut-on croire encore aujourd’hui que « Goro Nickel respecte l’environnement ? »

Goro Nickel n’est pas l’usine du Pays. Elle ne respecte pas les normes internationales

Goro Nickel est une multinationale étrangère dont les Provinces ne participent qu’à 10 % du capital. Même si elle crée des emplois,  son objectif n’est pas de contribuer à améliorer à long terme la qualité de la vie des gens de ce Pays, mais de tirer un profit maximum au bénéfice d’actionnaires et de fonds de pension étrangers au moindre coût environnemental et social. Elle bénéficie pour cela du soutien de l’Etat sous forme de subvention à hauteur de 18 milliards et de défiscalisation pour 70 milliards (combien d’emplois aurait-on pu créer avec cette manne pour le reboisement ou le développement d’activités alternatives respectueuses de la nature et de la santé ?) et de la complicité de la Province Sud par le biais des19 dérogations à la réglementation accordées par la Province.

Goro Nickel et les pouvoirs publics agissent en toute illégalité et refusent le dialogue, la concertation et le droit des citoyens à l’information

Légalement toute modification du projet initial de Goro Nickel aurait dû faire l’objet d’une nouvelle enquête publique. Pourquoi les pouvoirs publics pourtant garants de la loi ne la font-ils pas respecter, quand il s’agit d’une multinationale ? A ce jour, les travaux de construction de l’usine sur le site de Goro ont-ils commencé ou non ? Pourquoi M Gomez a-t-il transformé l’avis défavorable donné par la Direction des Ressources Naturelles au projet en avis réservé ? Pourquoi a-t-il imposé au CEREGE, organisme chargé de la nouvelle étude sur les rejets, un délais d’un an contre l’avis des scientifiques qui demandaient 3 ans ?  M. Gomez a-t-il ou non obtenu un marché portant sur l’installation de climatiseurs chez Goro Nickel ? Comment se fait-il qu’au Comité de suivi environnemental mis en place par la Province Sud ne siège aucune association environnementale ? Qui sont les véritables victimes de la déstabilisation sachant que les actions d’INCO en bourse ont sensiblement augmenté depuis le conflit ? La société INCO a-t-elle été directement ou indirectement impliquée dans des coups d’état et des massacres de civils en Amérique latine et de déplacements de population en Indonésie ?

Rhébbu Nu n’est pas comme le suggère la plupart des médias un groupuscule de dangereux terroristes, mais des hommes et des femmes du Sud qui défendent la qualité de l’air qu’ils respirent, de l’eau des creeks qui alimentent leurs cultures et des poissons qu’ils pêchent dans leur lagon. M. Renton, Gomez, Martin, Georges,et consorts, arrêtez de faire prendre aux citoyens Calédoniens des vessies pour des lanternes. C’est vous qui orchestrez avec la complicité des médias cette manipulation qui est une agression intolérable, contre laquelle vous ne laissez aux citoyens aucune autre alternative que celle de se défendre.

Face à cette agression, nous exprimons notre solidarité avec tous ceux qui refusent que leur Pays soit livré pieds et poings liés aux appétits d’une multinationale sans scrupules.

Le 6 avril 2006, Action Biosphère

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