Le déséquilibre économique du Pays reste une réalité avec une forte concentration dans le Sud des entreprises et des populations salariées. Cette situation tend cependant à se transformer grâce à une volonté politique découlant de l’Accord de Nouméa dont l’usine du Nord et l’ensemble de la zone VKP sont l’illustration et une pièce maîtresse. Soutenu par la quasi-totalité de la classe politique calédonienne, des autorités coutumières, des populations et par l’État, le projet du Nord est porteur d’espoirs. L’actionnariat de la Province Nord dans le projet doit permettre, à terme, une diversification des activités, le maintien des populations et le renforcement du tissu social et économique.
Parce que le projet du Nord s’inscrit dans une logique de rééquilibrage et qu’il aura des retombées dépassant les limites de la Province, c’est un projet de Pays.
Malheureusement, le projet du Nord, comme celui du Sud, s’inscrit dans un contexte mondial de rentabilité et de concurrence où les considérations économiques l’emportent sur les contraintes environnementales. Il faut pourtant admettre qu’un projet de cette envergure ne pourra prospérer que dans un strict respect de son environnement naturel et humain.

Avec 25% des réserves mondiales de nickel, il est logique que la Nouvelle-Calédonie en tire des profits, mais elle a aussi la responsabilité et le devoir de tout mettre en œuvre pour préserver son patrimoine naturel unique hérité du Gondwana. Le nickel n’est pas une ressource renouvelable. Son exploitation commencée avec Jules Garnier en 1876 connaîtra une fin. Quand on aura extrait tout ce qui est exploitable, il faudra trouver une autre économie. On s’apercevra alors, si ce n’est pas trop tard, que la principale richesse de la Nouvelle Calédonie n’était peut-être pas le nickel mais sa biodiversité.
Le 26 mars 2008, nous avons appris par la presse la mise en place par le Gouvernement du « premier Comité de Pilotage de l’élaboration d’un Schéma d’aménagement et de développement commun aux 3 Provinces…. exigence de la Loi Organique qui aura mis près de 10 ans à se concrétiser ». On y apprend que « le texte sera soumis au vote du Congrès en 2010 »… texte qui arrivera très tard compte tenu des bouleversements inhérents aux projets miniers et métallurgiques déjà en cours.
Avant le « Schéma de Valorisation des ressources minières », avant toute autorisation accordée aux opérateurs qui se disputent ces ressources minières, il aurait fallu définir ce Schéma d’Aménagement et de Développement » intégrant, entre autres, une carte des « Zones naturelles d’intérêt écologique de faune et de flore » devant être prioritairement préservées. Ce Schéma se déclinant à l’échelle du Pays, des Provinces et même des communes, et le code de l’Environnement également en gestation auraient dû constituer les pierres angulaires de la construction du Pays. Ils auraient probablement évité des erreurs qui pourraient bien se révéler catastrophiques à long terme.
Avec ses réserves de nickel, la Nouvelle-Calédonie suscite l’intérêt des Multinationales. La Réglementation minière obsolète, en plus des avantages fiscaux ne peut que décupler leur appétit. Cette Réglementation datant des années 50 ne prévoit en effet, pour l’ouverture d’une mine, qu’une simple déclaration minière, sans enquête publique ni état des lieux, ni même obligation de réhabiliter les sites après exploitation. Ces conditions très incitatives n’ont évidemment échappé ni à CVRD-INCO ni à XSTRATA
Soucieux de préserver cet avantage, Xstrata a obtenu, outre un pacte de stabilité fiscale, un contrat qui lui permet d’échapper à toute mesure contraignante découlant d’une réactualisation de la réglementation minière, notamment en matière de réhabilitation, comme en témoigne la Délibération n° 320 du 21 novembre 2007 du Congrès relative au projet du Nord, et « la lettre de confort » qui lui est annexée. Il est à peu près certain que Goro Nickel a obtenu les mêmes garanties.
C’est aux autorités de ce Pays qu’il appartient de définir les règles du jeu, à commencer par le Schéma d’Aménagement et de Développement, le Schéma de Valorisation des ressources minières incluant une Réglementation minière avec un volet fiscal moderne et le Code de l’Environnement, qui en sont des cartes maîtresses.
A défaut, la Calédonie n’est qu’un jouet livré au bon vouloir des Multinationales qui imposeront leurs lois, ce qui ne peut se traduire que par un développement anarchique étroitement soumis aux aléas du cours mondial du nickel. Que deviendrait le Pays, si au pied de chaque massif de nickel surgissait demain une usine avec un port creusé dans le lagon ? Hypothèse à peine caricaturale, si l’on en croit les multiples déclarations sur de futurs projets, au Nord, à l’Est, sur la Côte Oubliée et même à Belep. Si le développement minier s’avère une phase indispensable, autant qu’il soit maîtrisé. Il serait temps de tirer les leçons de l’exploitation minière du passé, avec 20 000 hectares de sites dégradés dont la réhabilitation est évaluée par le Gouvernement à 160 milliards cfp.
Dans le cadre du Schéma d’Aménagement et de Développement, on aurait pu imaginer, par exemple dans le Nord, une seule usine métallurgique à Téoudié-Gomen traitant la totalité du minerai des massifs de Poum, Tiébaghi, Kaala, Ouazengo, Koniambo, Kopéto et Poya. A charge pour les opérateurs miniers de s’entendre sur les termes d’un partenariat.
Dans cette hypothèse, le minerai aurait pu être acheminé à l’usine par un réseau cohérent de chalandages ou de voies ferrées, solution non surréaliste puisque des chemins de fer existaient sur certains centres miniers quand l’exploitation du nickel en était à ses débuts. Cette solution aurait eu l’avantage de mettre un terme à l’exportation de garniérite brute, peu profitable au pays, et de réaliser des économies d’échelle en desservant tous les massifs de la Côte Ouest. Elle aurait aussi permis d’éviter la construction à Vavouto d’un port en eau profonde, dans un endroit où il n’y a que deux mètres d’eau, opération qui nécessite le dragage d’un chenal de 6,5 km de long, de 300 mètres de large et de 12 mètres de profondeur, générant plus de 9 millions de m3 de sédiments à relarguer à l’extérieur du lagon. Même en prenant toutes les dispositions possibles, il est difficile de croire que ces travaux n’aient pas un impact important sur le milieu marin. L’extraction de « katcha » et la diffusion de fines entraîneront la turbidité de l’eau, une couche de résidus sur les coraux et une dégradation à grande échelle de la flore et de la faune marines.
Il est regrettable que l’hypothèse « Téoudié » n’ait pas été étudiée plus attentivement et chiffrée en amont des décisions engageant irréversiblement le Projet du Nord.
A l’occasion de l’Enquête Publique en 2005, nous avions également fait part d’autres « points de vigilance » qu’il n’est pas inutile de rappeler ici en les complétant, telles que : la pérennité des ressources en eau pour les habitants de la région, la gestion des eaux de ruissellement et la lutte contre l’érosion, les plans de conservation des espèces endémiques et des espaces naturels remarquables, la gestion des scories, le tuyau dans le lagon et les effluents de substances provenant de l’usine de dessalement, les rejets atmosphériques liés à la centrale thermique, en particulier de SO2, et les compensations aux rejets de CO2, la gestion des eaux usées et des déchets industriels mais aussi ménagers consécutifs à l’afflux important de populations, les risques pour la santé à cause de la présence d’amiante naturelle, les mesures de prévention contre l’introduction d’espèces invasives de plantes ou d’insectes etc.
Ces problématiques doivent être prises en compte et traitées avec beaucoup d’attention, avant la mise en fonctionnement de l’usine. Il ne faudrait pas que le Comité de suivi environnemental ne soit qu’une chambre d’enregistrement, a posteriori, de décisions irrévocables. Il doit avoir une fonction d’alerte et de prospective en amont, de relais entre la Société Civile et les décideurs, pour éviter les impasses où nous a conduit la politique du fait accompli dans le Sud.
Ce qu’il faut considérer aujourd’hui, c’est l’état du Pays après le nickel.
ACTION BIOSPHERE
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http://nouvellecaledonie.info/2009/02/26/lapres-nickel-cest-aujourdhui/
[...] liés aux échéances électorales. Dans un article récent paru dans les Infos sous le titre « L’après nickel, c’est aujourd’hui » , nous avions d’ailleurs salué cette initiative, tout en déplorant qu’elle arrive bien tard, [...]