BD01Un miroir aux alouettes.

Pour « vendre » son projet, le promoteur déclare «  amener une enseigne de luxe ». Il le justifie en déclarant développer le tourisme haut de gamme et en annonçant la création de 150 emplois et un taux de remplissage de 100% pour ses 20 bungalows.

Ce projet se situe dans la droite ligne de la politique touristique menée en Nouvelle Calédonie depuis des dizaines d’années, avec les résultats que l’on connaît : un taux de remplissage médiocre et un tourisme qui ne décolle pas.

Derrière cette vitrine, il se pourrait que l’intention du promoteur soit tout autre : bénéficier de fonds publics par le biais de la défiscalisation et réaliser une opération immobilière juteuse en revendant dans quelques années des dizaines d’appartement, à des fins résidentielles, au prix fort, et réaliser ainsi un super bénéfice grâce à l’apport de fonds publics. La recette est ancienne, mais il faut croire qu’elle fonctionne encore puisque le projet aurait obtenu l’aval des services administratifs concernés.

  1. Main basse sur le domaine public maritime

Pour réaliser son projet, le promoteur utilisera 2 parcelles dont il est propriétaire, mais il envisage aussi de s’accaparer d’une grande parcelle du domaine public maritime, ce qui fait l’objet de l’enquête publique en cours.

Construire sur sa propriété, quoi de plus légitime ?  Aliéner une partie du domaine public maritime et spolier les citoyens d’un espace sur lequel ils ont des droits, sans véritable contre partie, c’est plus discutable.

Que deviendrait en effet le littoral si chacun se mettait à revendiquer le morceau de littoral qui se trouve devant sa propriété ? Le littoral est un domaine public où chacun peut librement se promener, se baigner à la mer ou faire la pêche.  Il doit le rester.

Que propose en effet le promoteur en guise de compensation ? Construire une « piscine semi-publique » , comme on peut le lire dans le dossier d’enquête publique ? Transplanter des coraux dans la partie fermée par la digue ? Avec quelles chances de succès, dans une eau confinée ? Que faut-il penser de ces engagements ?

Il suffit pour se faire une idée de se souvenir d’autres promesses faites par d’autres promoteurs ou le même quelques temps en arrière, par exemple  :

-         au Val Plaisance, le promoteur s’était engagé à conserver un bosquet d’arbres qui a été depuis complètement rasé.

-         A l’hippodrome Henri Milliard, il s’était engagé à ouvrir au public un parc récréatif gratuit avec un plan d’eau et un jardin de fleurs tropicales. Aujourd’hui l’hippodrome est clôturé et ne sert qu’à de rares occasions à quelques festivités hippiques

-         A l’Anse Vata, à l’entrée de l’ex CPS existait une relique de forêt sèche contenant de rares exemplaires d’arbres d’origine. Que sont-ils devenus ? On les a supprimés.

Les promesses des promoteurs n’engagent que ceux qui y croient.

« Aucun impact sur l’environnement ».

C’est ce qu’affirme le promoteur  sur la base d’études d’impact dont on peut sérieusement douter du caractère scientifique, compte tenu des approximations et des manquements que chacun peut constater dans le dossier d’enquête publique. Par exemple l’échantillonnage des poissons n’a pas été réalisé

Comment peut-on croire que dans une Baie aussi peu étendue et fermée comme la Baie des Citrons, une digue de 240 mètres de long et s’avançant jusqu’à 80mètres en mer ne génère aucun impact ?

Le premier impact sera visuel, d’autant plus que la digue servira de parking.

Le second impact affectera nécessairement les courants avec le risque de détérioration de la qualité de l’eau de part et d’autre de la digue, et le possible envasement ou au contraire érosion de la baie

. De nombreuses voix et non des moindres, se sont déjà élevées pour dénoncer d’autres  conséquences potentielles de ce projet sur l’environnement. Nous ne citerons que les plus préoccupantes :

-         destruction de 10 000 m2 de  platier par remblaiement et enrochement

-         dégradation de colonies de récifs de coraux encore en bon état et la vie marine qu’elles abritent, notamment des espèces de serpents, des éponges et d’autres organismes marins,

-         atteintes au  tombant à cause du battage des pieux des bungalows.

Tous ces points mériteraient évidemment une étude sérieuse, plus approfondie par un organisme scientifique indépendant, d’autant plus qu’il s’agit d’un des rares récifs corallien urbain en bon état.

On peut s’interroger aussi sur l’origine des milliers de tonnes de sable blanc qui seront déversées dans la lagune dont l’extraction peut dévaster un site ainsi que celle des bois tropicaux utilisés pour les constructions, susceptibles de provenir de forêts primaires d’Asie ou du Pacifique.

Priorité à la construction de stations d’épuration

Faut-il accentuer encore par un hôtel de luxe la pression anthropique sur le milieu naturel déjà très dégradé à Nouméa ? Les eaux usées de l’hôtel seront dirigées vers l’hippodrome dont la capacité de traitement est à saturation.

La ville accuse un retard considérable en matière de traitement des eaux usées, avec un taux de raccordement d’à peine 30% des foyers à une station d’épuration. Les investissements nécessaires se chiffrent par dizaines de milliards pour rendre les eaux usées de Nouméa conformes à une norme acceptables avant d’être rejetées à la mer.

Autour de Nouméa, à Sainte Marie, à Ducos  et même à Magenta de nombreuses zones littorales sont impropres à la baignade en mer et la pêche y est interdite dans beaucoup d’endroits à cause de la pollution.

A Tindu, où des familles résident en bord de mer, les enfants ne peuvent pas se baigner à la mer. Jusqu’à quand devront-il patienter pour profiter de la mer à côté de chez eux comme les riverains de la Baie des Citrons ?

Nous estimons qu’en matière d’urbanisme la priorité doit être donnée au traitement des eaux usées et les fonds publics doivent être consacrés prioritairement à la construction de station d’épuration. Le sous développement de Nouméa dans ce domaine n’est pas à la hauteur des exigences du classement du lagon au patrimoine de l’UNESCO.

En conclusion, nous estimons que ce projet ne respecte pas les règles élémentaires du développement durable :

-         l’efficience économique : le projet fait appel à des fonds publics sans aucune garantie de rentabilité et sans véritable compensation pour la collectivité,

-          il ne va pas dans le sens de l’équité sociale

-         et il porte atteinte à l’environnement

Il ne s’inscrit donc pas dans une logique de développement durable. Il n’est pas non plus d’intérêt général. Nous refusons donc de le cautionner. De plus, nous demandons aux autorités compétentes  de s’engager résolument et prioritairement dans une politique de traitement des eaux usées pour rattraper le retard accumulé dans ce domaine depuis des dizaines d’années.

Guy FOHRINGER Pour EPLP et Action Biosphère

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